EXPE RIC : nous avons touché le Mont Blanc

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Retour du Mont Blanc : «avec des larmes, des  peurs et des espoirs »* avais-je dit dans mon dernier message à l’équipe avant le départ, je savais ce qui nous attendait même avec les meilleurs conditions météo possibles puisque je fréquente Saint Gervais (été – hiver) et plusieurs de ses guides depuis 40 ans.

Je suis rentré fourbu à Nice hier soir après 20h00, épuisé par les efforts physiques, le poids de l’organisation, le stress de ramener tout le monde sain et sauf, ce qui était l’objectif premier.

Il y a la montagne avec ses randonnées puis la Haute montagne qui est un terrain difficile pour des personnes en bonne santé, habituées à évoluer sur des sentiers étreints, à pic et verglacés avec pour seule sécurité les crampons d’acier à nos pieds et un fil d’acier scellé dans la paroi rocheuse.

Une découverte pour la majorité des membres de l’équipe, pas un n’a reculé ou même hésité. Bravo car avant le départ  j’avais évalué que 3 ou 4 d’entre nous ne passeraient pas par ces passages délicats et impressionnants, chapeau à toute l’équipe sans exclusive.

Premier jour : Il fallait que chacun des 8 malades soit « couillu » (pardon Patoune) pour accepter de s’imposer ce challenge extraordinaire de viser le toit de l’Europe, l’entrainement physique et le régime alimentaire qui l’accompagnait, ils étaient au rendez-vous le jour « J » à 9h00 devant la minuscule gare du petit Train à crémaillère qui emmène les alpinistes vers la gare du col du Mont Lachat  à 1.100m. 

C’est en montant, équipés et sacs sur le dos, enfermés dans ce train  bringuebalant d’un autre âge que j’ai vu les visages se fermer,  senti  le stress  et la concentration face au Mont Blanc qui grossissait au rythme de l’avancement du TMB. Nous montions vers notre aventure : qu’il est impressionnant ce Mont Blanc vu de près, qu’il est haut lorsqu’on est sur le bas de ses flancs, qu’il semble puissant et calme alors qu’il est redoutable, inattendu, soudain et dangereux pour ceux qui ne le respectent pas.

Montée jusqu’au refuge de Tête Rousse à 3.167m (dénivelé de monté 1.067m pour 16 km de marche), au début des neiges éternelles par Les Rognes, un ancien chemin des muletiers qui approvisionnaient le refuge de Tête Rousse avant que le TMB ne monte jusqu’au Nid d’Aigle (actuellement il s’arrête 300m de dénivelé en dessous car il y a une importante poche d’eau sous la glace qui menace de céder,  cette voie là est donc interdite, nous devions faire plus du double de chemin par une paroi très raide considérée comme une des principale difficulté de toute l’ascension vers le sommet).

En montant vers Tête Rousse nous avons vu et entendu le grondement impressionnant de deux avalanches proches de nous, nous avons pu constater que le moindre caillou pouvait rouler deux à quatre cent mètres plus bas et nous avec, le mot d’ordre des guides était « soyez vigilant à chaque pas, ne relâchez jamais votre attention ».

Casque sur la tête, baudrier à la taille, crampons métalliques sous les chaussures nous sommes passés encordés deux par deux par des sentiers étroits de 60cm, glacés, le long de parois à pic, ici tu lâches le filin d’acier scellé dans la paroi et tu descends de 2 à 300 mètres. Tu avances petit pas par petit pas, tu t’accroches à ce filin d’acier et surtout tu ne regardes pas vers le bas et puis soulagement tu arrives sur un faux-plat tapissé de neige éternelle dans laquelle tu t’enfonces jusqu’aux genoux mais ça te parait simple après les 5 heures de montée le long des parois que tu viens de subir.

Arrivée et nuit au refuge : bonne nouvelle, l’ancien refuge de Tête Rousse a été détruit, c’était la honte du Mont Blanc, en refuge pourri, puant, des sanitaires infects, un refuge indigne de sa majesté le Mont Blanc. Il a été remplacé en 2005 par un refuge neuf , moderne, écologique et confortable …  pour un refuge.

Là nous avons sauté sur le repas, puis avec les guides nous avons analysé la météo qui semblait plutôt favorable à l’équipe, pas froid voir douce à cette altitude, pas de nuage au sommet mais pour les guides, prévision météo en main l’avis était inverse : c’est une catastrophe l’isotherme 0° est au dessus de 4.000m, c’est très rare sur le Mont Blanc car la veille on nous annonçait -15° à – 20° à cette altitude et nous étions équipés pour. Pire pour nous, le vent soufflait au dessus de 60km/h vitesse maxi acceptée par les guides et, info que je n’avais pas fait circuler dans l’équipe la veille, un légionnaire avait dévissé de 300m et était mort la veille au matin à 5h00 dans le couloir que nous devions emprunter à notre réveil pour continuer vers le refuge du Goûtet. Deux autres morts dans le Massif durant notre ascension dont un sportif de renom, ça fait réfléchir et relativiser notre aventure.

En fait l’isotherme positif et le soleil font fondre la glace qui tient les roches que le froid à fait éclater, l’expression il gèle à pierre fendre qui prend tout son sens. En fondant la glace libère des blocs de glace qui partent dans le vide et ce redoux provoque des avalanches. Le bruit des pierres qui chutent fait lever les yeux pour voir si l’on est sur la trajectoire, il faut hurler «pierres » et se plaquer contre la paroi en priant Saint Gervais de ne pas en prendre une de 10kg sur le casque nous préviennent les guides.   

Jour 2, on monte ou on ne monte pas ? Longue discussion dès 4h00 du matin devant un café avec nos guides, dehors j’étais en T Shirt manches courtes sans avoir froid, pas logique avant le levé du jour à cette altitude, des fanions tendus par une corde entre deux rochers vibraient au vent à l’horizontal à cause du vent puissant.

Avant de nous coucher nous avions envisagé une équipe style commando composée des 6 plus affûtés d’entre nous, avec l’accord de toute l’équipe sans exception. Le pourcentage de réussite de ce commando était proche du zéro avec un départ à 2h00, avec un départ à 4h00 les chances étaient quasi nulles puisque mêmes les guides en solo ne sont pas passés.  A notre grand désespoir avec nos guides nous avons choisi de ne faire courir aucun risque à notre équipe, même à un petit groupe et à 7h00 du matin  le verdict a été le repli.
A l’impossible nul n’est tenu, surtout lorsque la vie des personnes est en jeu, toutes nos décisions ont été validées à l’unanimité.

La route prise en montant étant devenue trop risquée la redescente s’est faite par le glacier de Bionassay, elle a été aussi  rude que l’ascension de la veille avec la glace, la neige mouillée et les pierres qui roulent (Rolling Stones pour une expédition Rock and Roll) sous les chaussures avec une pente importante qui casse les jambes, et toujours notre sac pesant de plus en plus lourds sur notre dos qui pour un spondylarthritique est une punition, je hais mon sac à dos, depuis mercredi soir je ne lui parle plus !

En bas nous avons très vite fait un débriefing : déception pour tous, nous ne sommes pas arrivés en haut mais nous n’étions pas les seuls, le refuge était plein, seuls 5 jeunes alpinistes en pleine forme partant à 2h00 du matin de nuit, lampes frontales aux fronts, sont passés par ce goulet vers le Goûtet en prenant des risques insensés, ce n’est plus de notre âge. 

En rentrant nous avons fêté notre expédition comme une victoire, la tension a été très forte, il fallait être au sein de notre groupe pour comprendre combien les éléments extérieurs étaient pesants. Il fallait évacuer notre stress, nous demandons pardon aux clients de notre hôtel car le début de nuit a été bruyant !

Cerise sur le Mont Blanc : à notre redescente nous étions invités à bénéficier des bienfaits des Thermes de Saint Gervais, eau réputée pour la peau et pour les rhumatismes. Nous avons fait le circuit aquatique, balade dans des bains à 36,5° avec des massages par des jets sous marins qui ont détendu tous nos muscles, ils en avaient besoin. L’équipe de l’EXPE RIC a fait son dernier débriefing  assise dans un jacuzzi géant, un beau moment de sérieux et de liens  fraternels qui nous ont amené à la conclusion suivante.

Conclusion : Un groupe est formé de personnalités différentes, ces personnalités se sont exprimées comme je m’y attendais et le groupe a tenu mieux que je l’espérais, c’est une victoire.

Lorsqu’à chacun j’avai dit « tu viens faire le Mont Blanc » la réponse avait été sans hésiter « OUI ! » et ils sont montés jusqu’à Tête Rousse, c’est aussi une victoire pour les malades d’être arrivés là et je connais beaucoup de non malades et de moqueurs qui n’auraient pas fait la moitié du chemin.  

Nous avons vécu 6 mois intenses d’entraînements puis 4 jours merveilleux, angoissants, périlleux, très physiques avec les larmes, les  peurs et les espoirs prédits. Nous sommes allés au-delà des douleurs, de nos forces et nous étions prêts à aller plus loin encore car un seul d’entre nous a eu des crampes passagères.

Peu de gens ont réussi le Mont Blanc au premier essai selon nos guides, l’un de nous l’avait déjà tenté 2 fois et avait fait demi -tour sur le dôme du Goutêt à cause de la météo. Nous  étions préparés et équipés au grand froid, au vent et nous avons eu « l’effet de foehn » et le lendemain mercredi  où nous devions faire « Le Goutêt – Le sommet du Mont-Blanc était annoncé par Météo Mont Blanc pluvieux et très venteux ce qui s’est avéré vrai donc très dangereux, le Mont Blanc ça dépend de la météo et ce n’est qu’elle qui nous a arrêté.

Notre expédition était un message pour les malades atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques, musclez vous et vous aurez moins mal, soyez entreprenant et dites-vous que si tout n’est  pas possible, qui ne tente rien n’a rien !

La montagne rend petit, modeste et prudent, mais aussi solidaire, des qualités pour la vie.

 

L’aventure continue, les grandes lignes ont été tracées et réglées sur place avant mon départ de Saint Gervais hier après-midi et je peux d’ores et déjà l’annoncer : NOUS RETOURNERONS SUR LE MONT BLANC EN 2013 !**

 

 

Présentation de l’équipe qui a grimpé sur le Mont-Blanc pour l’EXPE RIC, dans le sens des aiguilles d’une montre Suisse à partir de Franck (debout) voici la fière cordée : Jean-Christophe, Ludovic, Bruno, Lionel, Thierry, Olivier, Fred, Yves, Gilles, Patricia, Aurélien et Pierre. Nous étions allé trop vite pour les guides qui sont rentrés se coucher sans manger ! Merci à toute notre équipe d’avoir partagé ce moment fort de ma vie.

 

 

Franck GERALD, organisateur de l’EXPE RIC pour RHUMASPORT

* (J. Halliday-Poète)  

** (Suite du projet très bientôt, avant je vais en informer tous les membres de l’équipe 2012 car nous partirons en équipe légère, 8 personnes dont 4 malades, ascension et descente en 2 jours au lieu de 3 mais le TMB ira jusqu’au Nid d’Aigle ce qui nous fera économiser du temps et du poids dans les sacs à dos. En 2013 : «Plus haut, plus vite, plus forts ».)

 

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