DE LA RACHIALGIE INFLAMMATOIRE A LA SPONDYLOARTHRITE AXIALE…EN PASSANT PAR LA DENSITE MINERALE OSSEUSE !

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DE LA RACHIALGIE INFLAMMATOIRE A LA SPONDYLOARTHRITE AXIALE…EN PASSANT PAR LA DENSITE MINERALE OSSEUSE !

[07-04-2015] Auteur : Pr Pascal Claudepierre *


Il est connu que la spondylarthrite ankylosante est associée à un risque accru d’ostéoporose et que cette augmentation de risque existe même à un stade précoce de la maladie (dans 1). Cette dernière constatation a d’ailleurs rapidement suggéré que cette ostéoporose n’était pas principalement liée à l’immobilisation rachidienne des formes ankylosées mais avant tout à des facteurs systémiques liés à la maladie (1). Même si ceci est communément admis, il existe très peu d’éléments dans la littérature soutenant cette hypothèse forte.

L’équipe de Cochin (K. Briot et C. Roux) a apporté des éléments intéressants durant ces deux dernières années dans ce domaine, et ce à partir des patients de la cohorte DESIR (2). Les 708 patients inclus dans cette cohorte à travers la France, avaient tous des rachialgies inflammatoires, récentes (moins de trois ans), et ayant débuté avant 50 ans. Leurs symptômes devaient être majoritairement évocateurs de spondyloarthrite axiale pour le clinicien qui les suivait.  332 de ces patients (52 % d’hommes) ont bénéficié d’une densitométrie minérale osseuse (DMO) à l’inclusion dans l’étude. Ces patients, de 34 ans d’âge moyen, avait une durée des symptômes de seulement 1,6 an, et avaient un diagnostic de spondyloarthrite axiale suivant l’ASAS pour 71 % d’entre eux (2). 13 % de ces patients avaient une DMO basse (c’est-à-dire avec un Z score < -2 sur au moins un site), en majorité des hommes (88 %). Ceci confirme tout d’abord le caractère plutôt fréquent d’une DMO basse chez des patients jeunes ayant des rachialgies inflammatoires pourtant récentes. Ensuite, l’analyse multi variée et ayant recherché quels étaient les facteurs les plus associés à cette DMO basse à l’inclusion, a isolé avant tout l’existence de lésions inflammatoires à l’IRM (au rachis et/ou sacro iliaques), puis d’un syndrome inflammatoire biologique et du sexe masculin (2). Ainsi cette hypothèse du lien entre l’inflammation systémique et la masse osseuse basse dans les rachialgies inflammatoires est confortée par ce travail, et il apparait de plus que même l’inflammation locale (intra osseuse, évaluée par l’IRM) est associée à la raréfaction osseuse.

Les auteurs vont plus loin dans un deuxième travail (3). Ils ont cette fois ci comparé les patients qui vérifiaient les critères de spondyloarthrite axiale à l’inclusion et ceux qui ne les vérifiaient pas. Ces deux groupes de patients étaient identiques en âge, ceux ayant une SpA axiale suivant l’ASAS étaient plus souvent des hommes, étaient plus souvent HLA B27 positif, avaient une durée de la maladie plus importante et une CRP sérique plus élevée. Enfin, ils avaient plus souvent une DMO basse au rachis et à la hanche. Une analyse du rapport de vraisemblance montre que le fait d’avoir une DMO basse chez ces patients rachialgiques inflammatoires augmente la vraisemblance du diagnostic de spondyloarthrite axiale, y compris dans les formes non radiographiques (3).

N’allons pas trop vite, et il n’est évidemment bien sur pas encore temps d’utiliser la DMO comme outil diagnostique de spondyloarthrite axiale récente. Mais les interactions entre raréfaction osseuse et rachialgies inflammatoires se précisent un peu plus. L’étude des facteurs prédictifs de la perte osseuse en longitudinal est en cours et devrait fournir de nouvelles données passionnantes. Peut être que la cohorte DESIR pourra également répondre un jour à la question de savoir si cette perte osseuse constatée s’accompagne réellement chez ces patients d’une augmentation du nombre de fractures vertébrales vraies, de type ostéoporotique. Ceci reste encore débattu.

Références :

  1. Roux C. Osteoporosis in inflammatory joint diseases. Osteoporos Int. 2011;22:421-33.
  1. Briot K, Durnez A, Paternotte S, Miceli-Richard C, Dougados M, Roux C. Bone oedema on MRI is highly associated with low bone mineral density in patients with early inflammatory back pain: results from the DESIR cohort. Ann Rheum Dis. 2013;72:1914-9.
  1. Forien M, Moltó A, Etcheto A, Dougados M, Roux C, Briot K. Bone mineral density in patients with symptoms suggestive of spondyloarthritis. Osteoporos Int. 2015 Jan 28. [Epub ahead of print]

* Article relevé par ACS-France sur NET Work Expert – Rhumatologie, le 07.04.2015

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